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Témoignages
"Je suis athée" a proclamé Lani pendant
une certaine période de son adolescence. Pourtant,
Mathieu David, son professeur de Sciences Religieuses, était
l'un des enseignants qu'il appréciait le plus.
" Je crois profondément que nous sommes les héritiers
de ceux que nous avons connus. Et ce soir, je m'aperçois,
cher Lani, de tout ce que tu m'as légué. En
regardant les photos du voyage en Tunisie, en feuilletant
ton album des finissants, en me rappelant nos souvenirs communs,
je me découvre si riche de toi.
Merci Lani pour ton sens de l'amitié, ta grande générosité,
ton sourire, ton originalité et ton goût de l'aventure.
Je souhaite que ces qualités que tu chérissais
et qui ont grandi en moi en ton contact continuent d'inspirer
ma vie.
Merci surtout Lani d'avoir été ce chercheur
de vérité. J'aimais parler avec toi de la vie
que tu souhaitais si exaltante, de l'injustice que tu dénonçais
avec tant de vigueur et même de Dieu que tu te plaisais
à remettre en question. Tes doutes, ta quête
de sens, ta soif d'absolu s'inscrivent en moi comme une invitation
à toujours oser l'authenticité et la profondeur
avec mes élèves.
Désormais, tu ne nous quitteras plus, veille sur nous,
tes héritiers, et fais-nous vivre du meilleur de toi.
"
Mathieu David
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Sacha, un ami de la "gang" de Lani !
Témoin de son adolescence, de ses bonheurs, de ses
"élans"…
Lani au début, c'était le jour de basketball
qui rentrait dans le gym en regardant un peu partout autour
de lui, peut-être pour nous montrer qu'il était
bien sûr de lui. Moi-même je n'étais pas
un grand fan de basket, mais j'ai eu la chance de le voir
jouer, et puis je peux vous dire qu'il avait raison d'être
sûr de lui. Et plus on s'est rapproché, plus
j'ai appris à la connaître. On en est venus à
faire nos premiers partys ensemble. Je me souviens entre autres
de cette fameuse soirée où Lani, assis au beau
milieu de tout le monde, nous avait chanté son répertoire
au complet de Plume à Paul Piché, en passant
par des imitations de Louis Amstrong. Et puis on a grandi,
avec tout ce que ça comporte. Lani, à mes yeux,
était devenu un gars impliqué, qui ne donnait
pas sa place, qui faisait un peu de tout, qui lisait, qui
s'intéressait, qui jouait de la musique, qui faisait
du théâtre, qui écrivait. Lani c'était
un gars fort mais fragile aussi, qui ne s'est jamais caché
de ses sentiments. C'était l'homme des grandes occasions
et en même temps un grand confident. Lani était
fier de ses origines, fier d'être à la fois du
Québec et du Togo. Mais Lani c'était avant tout
un intellectuel qui luttait pour ses opinions, qui luttait
pour la justice. Je me souviens du jour où, au Collège
St-Alexandre, il avait manifesté en robe aux côtés
des autres étudiants pour la liberté d'expression
et puis il avait continué même sous peine de
représailles, parce qu'il croyait vraiment en ses idées.
Grand rêveur, y'a toujours cru que la société
pouvait être mieux et puis y faisait tout ce qui était
en son pouvoir pour l'améliorer. C'était tellement
beau de voir le feu dans ses yeux quand il nous parlait de
ses rêves qu'il avait pour lui et pour ceux qui l'entouraient.
Cette flamme là qu'on reconnaissait également
dans ses yeux quand il jouait du tam-tam, quand il faisait
entendre au monde entier qu'il aimait la vie…
Sacha Levasseur-Rivard |
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Robert Parisien, animateur de socio-pastorale et intervenant
social au collège, avait gagné la confiance
de Lani pourtant si récalcitrant à tout ce qui
est dans le "système". Une grande ouverture,
de l'écoute, des projets insolites et créatifs….Pour
Lani, il y eu ce fameux voyage en Tunisie et puis le théâtre
social dans lequel Lani a joué , écrit et assumé
des responsabilités de coordination. Et puis tant de
support…
Il y a toujours un moment dans un voyage ou je me demande
pourquoi ? Pourquoi faire des voyages ? Pourquoi venir si
loin ? Pourquoi ?
Puis, il y a les souvenirs. Les bons souvenirs.
Celui de Lani à Raoued (Tunisie) nous résumant
son expérience autour d'une table… Celui de Lani
réfléchissant sur sa dune… Celui de Lani
refusant une interview bidon avec Radio-Canada.
Je me souviendrai de Lani pour ses moments forts où
il refusait la bêtise et la médiocrité.
C'est de ce Lani là que je veux me souvenir et peut-être
arrêter de me poser des questions !
Robert Parisien
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D'abord ami avec son père, Lani s'est vite
lié d'amitié avec ce prêtre camerounais,
ce grand sociologue et théologien , exilé au
Canada suite à des menaces de mort à cause de
ses idées et actions pour une société
plus juste...
Mon cher LANI,
Je t'écris dans les larmes et la révolte. Toute
la nuit, je n'ai pas fermé l'œil. Dans le ciel
entrouvert par ma fenêtre, je te cherchais, Depuis que
je t'ai rencontré, tu étais pour moi une étoile
qui brille dans les ténèbres. En t'écoutant
parler, il m'est souvent arrivé d'entendre une voix
venue d'ailleurs. Tu me rappelais Rimbaud. Quand tu m'as fait
lire ton journal, avec ces notes écrites au cœur
de la nuit, dans le silence du désert, au cours de
ton voyage en Tunisie, je retrouvais Pascal méditant
sur la condition humaine.
LANI, tu sais, j'étais émerveillé de
te voir. Tu étais un enfant terrible. À seize
ans, lire Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, René
Descartes et Albert Camus, l'auteur de " L'homme révolté
", et discuter de ces penseurs avec celui que tu appelais
Jean-Marc et qui est devenu ton confident et ton père
spirituel.
Cette nuit, je me suis rappelé que je te répétais
souvent : " LANI, tu as un grand avenir devant toi. ".
Car, j'ai découvert en toi un petit génie. J'en
ai parlé à ton père Yao, je voulais que
tu prennes conscience de ce que tu représentais pour
nous. J'avais décidé de faire route avec toi
pour t'accompagner sur ton long chemin. Je rêvais que
tu mettes au monde le meilleur de toi-même, ce que tu
portais dans cette quête d'absolu qui t'habitait au
plus intime de toi-même à travers ton expérience
mystique. Car, au fond, LANI, c'est cela qui t'identifiait
parmi les jeunes de ton âge et de ton école.
Tu me disais : " moi, je suis un humaniste ", et
c'était vrai.
Ce qui m'a frappé dans ta vie, c'était le goût
de l'humain, cette soif de liberté et de justice qui
ont déserté un monde privé de sens. Tu
avais horreur de l'hypocrisie. Les drames de notre temps étaient
au cœur de ta vie quotidienne. Quand tu me parlais de
ton projet de faire retour à l'Afrique, j'ai tout de
suite compris que ce qui te poussait à faire ce grand
voyage, c'était le désir d'aller boire à
la source auprès de tes ancêtres. Face à
l'épreuve de la mort que tu affrontais depuis des années,
ton départ au Togo était un voyage initiatique.
Tu es revenu pour retourner auprès des ancêtres.
Ceux-ci t'ont révélé le grand secret
de la vie : les morts ne sont pas morts.
Un soir à Montréal, tu te souviens je crois,
nous avons beaucoup discuté sur Jésus-Christ
et tu m'as dit : "il faut écrire un livre sur
Jésus et l'Afrique". Ce que nous en disions te
fascinait. Je revois ton sourire rare et merveilleux. La Nouvelle
de Celui qui est venu apporter la libération aux pauvres
et aux opprimés illuminait tes yeux. Elle apportait
une lumière sur les questions graves que tu soulèves
dans cet article où, dans des pages denses, tu réfléchis
sur le destin des Noirs dans l'histoire depuis la traite négrière.
Les valeurs que tu portais en toi expliquent aussi ton attachement
aux spiritualités autochtones d'Amérique. Tu
avais là-bas un grand père et des amis, je crois.
Cette nuit, en relisant l'Évangile de Celui qui a
vaincu la mort, comment oublier ton texte qui pour moi est
le testament que tu nous laisses ? Vraiment, tu es passé
trop vite. Mais, pour toi LANI, le jour se lève pour
les matins neufs d'une terre nouvelle. Tu as pris le chemin
d'éternité. Cours vite LANI. Va à la
rencontre du Seigneur. Le vieux monde est derrière
toi. Je t'aime.
Jean-Marc Ela
Louvain-La-Neuve 15 novembre 2000
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